Les tics d’écriture
Tout auteur a ses tics d’écriture. Ces petites habitudes stylistiques qui reviennent, page après page, sans qu’on s’en rende compte parce qu’elles font partie de notre façon naturelle d’écrire, de notre rythme, de notre rapport instinctif à la langue. Certaines sont inoffensives. D’autres finissent par alourdir le texte, créer de la monotonie ou trahir un manque de recul sur son propre style.
Les identifier, c’est déjà faire un grand pas vers un texte plus maîtrisé.
Qu’est-ce qu’un tic d’écriture ?
Un tic d’écriture est une tournure, un mot, une construction syntaxique ou une habitude de ponctuation que l’auteur utilise inconsciemment de façon récurrente. C’est une répétition inconsciente qui, à force de revenir, finit par se remarquer. Elle peut créer un style, souvent ce que l’on apprécie chez un écrivain. Ce n’est donc pas nécessairement une faute. Mais l’utilisation excessive d’un tic de langage peut entraîner une baisse de qualité dans un texte, affectant ainsi sa fluidité et sa richesse.
Les tics d’écriture sont universels : les auteurs débutants en ont, les auteurs confirmés aussi. La différence, c’est que les seconds apprennent à les identifier et à décider consciemment lesquels garder, lesquels corriger.
Les tics d’écriture les plus fréquents
La construction des phrases
Les phrases très longues ou, à l’inverse, les phrases très courtes. Chacun à ses préférences, et en fonction de l’utilisation et de leur construction, cela peut être bénéfique. Cependant, il est plus intéressant de varier le rythme, c’est-à-dire utiliser des phrases courtes pour des actions fortes, pour les rendre percutantes et des phrases longues pour des descriptions, dans lesquelles on peut placer des détails afin de préciser la scène.
N’employer que des phrases courtes, sans volonté particulière, sans lien fluide peut rendre un style haché et lasser le lecteur. Alors qu’utiliser uniquement (ou principalement) des phrases trop longues peut créer un manque de souffle, une perte dans les idées abordées et obliger le lecteur à relire les phrases pour comprendre l’intention.
Les figures de style
La métaphore, par exemple, qui permet de définir une chose en la comparant à une autre, lorsqu’elle est surutilisée, rend plus complexe une description qui pourrait être plus simple, plus concise. On peut parfois tomber dans le piège de la métaphore pour transmettre sa pensée, cependant, il est nécessaire de se demander si cela sert vraiment la description ou si cette dernière ne retranscrirait pas la scène de façon plus imagée avec des détails. Une métaphore forte, la première fois, marque le lecteur. Répétée, elle devient un cliché. Le risque est de dévier l’imaginaire du lecteur.
Le pléonasme, quant à lui, peut s’avérer très intéressant quand il est utilisé avec parcimonie. Il peut, notamment, permettre d’insister sur un fait, une intention, un sentiment.
« Je ne te mens pas ! Je l’ai vu de mes yeux ! »
Les redondances, les répétitions de mots
De même que pour les pléonasmes, la répétition peut créer un effet de style intéressant.
« Elle est partie. Elle est partie et elle me manque. »
Les formules d’introduction
Certains auteurs commencent systématiquement leurs phrases ou leurs paragraphes de la même façon : « Il est vrai que », « Force est de constater », « Il convient de noter », « On peut dire que ». Ces formules et leur répétition, neutres et passe-partout, créent une monotonie de rythme perceptible dès la deuxième occurrence.
Les constructions en « il y a » et « c’est »
« Il y avait dans son regard quelque chose d’étrange », « C’est alors qu’elle comprit » : ces constructions présentatives sont naturelles à l’oral, mais elles alourdissent l’écrit lorsqu’elles reviennent trop souvent.
On pourrait, par exemple, remplacer ces phrases par : « Son regard avait quelque chose d’étrange » et « Elle comprit alors ».
Les points de suspension abusifs
Les points de suspension marquent une hésitation, un non-dit, une suspension du sens. Utilisés à chaque page, voire à chaque paragraphe, ils perdent toute leur force et donnent au texte une impression de flottement permanent. Il est préférable d’utiliser « etc. » lorsque l’on écrit une énumération, cela permet de garder les points de suspension pour un effet précis.
Les marqueurs de temps répétitifs
Puis, ensuite, alors, soudain, tout à coup : utilisés trop souvent, ces marqueurs donnent au récit un rythme mécanique, comme une liste d’actions qui s’enchaînent sans véritable liant narratif.
❌ « Il entra dans la pièce. Puis il s’assit. Puis il prit son livre. Puis il l’ouvrit. »
✅ « Il entra dans la pièce, s’installa dans le fauteuil et ouvrit son livre sans un mot. »
Comment les identifier dans son propre texte
La difficulté des tics d’écriture, c’est qu’ils sont, par définition, invisibles à celui qui les produit. Le cerveau les normalise, il les considère comme faisant partie du style et ne les perçoit plus comme des répétitions.
Quelques méthodes pour les débusquer :
Lire à voix haute : l’oreille perçoit la monotonie que l’œil laisse passer.
Faire une recherche textuelle sur les mots que l’on a repérée deux fois dans une page : les traitements de texte permettent de comptabiliser les occurrences d’un mot ou d’une expression sur l’ensemble du document. Si soudain apparaît quarante-sept fois dans un roman de trois cents pages, il est temps de varier.
Laisser reposer le texte : relire après quelques semaines d’interruption permet de retrouver un regard plus neuf, moins conditionné par ses propres tournures.
Confier le texte à un regard extérieur : c’est là qu’intervient la correction professionnelle. Formée pour repérer les récurrences invisibles à l’auteur, la correctrice identifie les tics d’écriture sur l’ensemble du manuscrit et signale ceux qui nuisent à la fluidité, sans effacer ceux qui, répétés intentionnellement, font partie du style de l’auteur.
Tic d’écriture ou signature stylistique ?
C’est la question essentielle.
La différence entre un tic et une signature, c’est la conscience et la maîtrise. Car,certains tics deviennent, avec le temps et la maîtrise, des signatures : des éléments reconnaissables qui contribuent à l’identité littéraire d’un auteur. La phrase courte et sèche d’un auteur de romans noirs. Les longues phrases sinueuses d’un auteur de littérature. Les digressions d’un auteur de romans d’idées.
