Ruptures syntaxiques et anacoluthes : l'erreur la plus fréquente dans vos textes — AC-Correction

Les ruptures syntaxiques : comment les repérer

Parmi toutes les difficultés que je rencontre dans les textes que je corrige (romans, mémoires, contenus professionnels), il en est une qui revient avec une régularité presque systématique : la rupture syntaxique, ou anacoluthe. C’est sans doute celle qui perturbe le plus la lecture, parce qu’elle peut être difficile à identifier.

 

Qu’est-ce qu’une rupture syntaxique ?

Une rupture syntaxique, c’est une rupture de la construction syntaxique qui intervient au cours d’une phrase – phrase qui commence d’une façon et se termine d’une autre, de telle manière que, sans qu’il y ait rupture du lien logique, la fin de la phrase n’est plus grammaticalement en harmonie avec son début. Le fil logique de la phrase se brise en cours de route, laissant le lecteur avec une légère sensation d’inconfort.

Le terme anacoluthe vient du grec anakolouthos, qui signifie littéralement « qui n’est pas à la suite de », « qui n’est pas conséquent avec », en d’autres termes : qui ne suit pas. C’est exactement cela : une phrase qui ne suit pas sa propre logique.

Souvent, la phrase se comprend, mais elle accroche, et, dans un texte destiné à être publié, diffusé, examiné et noté, chaque accroche est un obstacle entre l’auteur et son lecteur.

 

Pourquoi c’est si fréquent ?

Elle naît de la façon dont nous pensons et parlons naturellement : à l’oral, nous construisons nos phrases au fil de notre pensée, nous nous rattrapons, nous repartons dans une autre direction, parfois sans terminer ce que nous avions commencé. Ce mécanisme, parfaitement naturel dans la conversation, devient problématique à l’écrit où la phrase doit tenir seule, sans le soutien du ton, du geste ou du contexte immédiat.

À cela s’ajoute le biais cognitif de l’auteur : à force de relire son propre texte, on ne voit plus ce qui cloche. Le cerveau reconstitue automatiquement ce qu’il avait voulu dire et passe sur la rupture sans la voir.

 

Les types de ruptures syntaxiques les plus fréquentes

1. Le participe sans sujet logique

C’est la forme la plus courante, et celle que l’on retrouve aussi bien dans les romans que dans les documents professionnels.

Arrivant à la gare, le train était déjà parti.
 Qui arrive à la gare ? Grammaticalement, c’est le train – ce qui n’a aucun sens. Le participe arrivant est censé se rapporter au sujet de la phrase (le protagoniste).

Arrivant à la gare, il constata que le train était déjà parti.

 

En lisant ce rapport, plusieurs incohérences ont été relevées.
→  Qui lit le rapport ? La construction laisse entendre que ce sont les incohérences elles-mêmes qui lisent – ce qui est, évidemment, absurde.

En lisant ce rapport, nous avons relevé plusieurs incohérences.

 

2. La relative mal rattachée

Il cherchait ses clés depuis une heure, qu’il avait pourtant posées sur la table.
→  Le pronom relatif « qu’ » est censé reprendre le mot « clés », mais cette construction crée une ambiguïté : on ne sait plus très bien à quoi se rattache la relative, car l’accord du verbe « poser » devrait se faire avec « heure » (donc, « posée »).

Il cherchait ses clés depuis une heure – des clés qu’il avait pourtant posées sur la table.

 

Nous proposons une solution innovante à nos clients, qui répond à leurs besoins spécifiques.
→  La relative qui répond à leurs besoins se rattache grammaticalement à clients (et devrait donc s’accorder avec ce mot, soit « répondent ») – ce qui n’est pas le sens voulu.

Nous proposons à nos clients une solution innovante, qui répond à leurs besoins spécifiques.

 

3. La phrase à double construction

Ce que je veux, c’est que tu réussisses et être fier de toi.
→  La phrase commence avec une subordonnée (que tu réussisses) et se termine avec un infinitif (être fier) – deux constructions incompatibles dans la même phrase.

Ce que je veux, c’est que tu réussisses et que je sois fier de toi.

 

Notre objectif est d’améliorer les performances et que les délais soient respectés.
Même problème dans un contexte professionnel : infinitif et subordonnée ne peuvent pas être coordonnés ainsi.

Notre objectif est d’améliorer les performances et de respecter les délais.

 

4. L’anacoluthe stylistique : quand la rupture est voulue

Il existe des cas où la rupture syntaxique est un choix délibéré de l’auteur, et c’est là que la distinction devient délicate. Certains écrivains utilisent l’anacoluthe pour reproduire le flux de pensée d’un personnage, créer un effet de surprise ou de désorganisation intérieure, ou simplement donner du relief à une voix narrative.

« Moi, partir ? Jamais. »
« Cette ville, il l’avait fuie, haïe, et pourtant. »

Dans ces exemples, la rupture est intentionnelle. Elle dit quelque chose que la syntaxe correcte ne pourrait pas exprimer avec la même force.

C’est précisément là que réside toute la difficulté de la correction : distinguer une erreur d’un choix stylistique délibéré. Une rupture involontaire perturbe la lecture. Une rupture voulue l’enrichit. Seul un œil formé et attentif à l’intention de l’auteur peut faire cette distinction avec justesse.

 

Quelques réflexes simples pour traquer les ruptures syntaxiques et les repérer dans votre texte :

Lire à voix haute : l’oreille perçoit souvent ce que l’œil laisse passer. Une phrase qui accroche à la lecture orale est presque toujours une phrase à retravailler.

Identifier le sujet de chaque participe présent ou passé en début de phrase : il doit correspondre au sujet grammatical de la proposition principale.

Vérifier la cohérence des constructions coordonnées : deux éléments reliés par et doivent toujours être de même nature grammaticale : deux infinitifs, deux subordonnées, deux groupes nominaux.

Relire les phrases longues en les découpant : une phrase complexe peut cacher une rupture que l’on ne voit pas au premier regard.

 

Ce que la correction apporte

Repérer une rupture syntaxique dans son propre texte est difficile, non par manque de compétence, mais parce que l’auteur connaît son intention et que son cerveau reconstitue automatiquement le sens voulu, même quand la construction ne le porte pas.

C’est précisément pour cela que la correction professionnelle existe : pour voir ce que l’auteur ne voit pas ou plus, distinguer l’erreur du choix stylistique, et s’assurer que chaque phrase dit exactement ce qu’elle est censée dire, clairement, sans accroche, sans ambiguïté.

Parce qu’un texte bien construit, c’est un texte que le lecteur traverse sans effort, et dont il ne ressort que l’essentiel : votre histoire, votre message, votre voix.

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