Les lecteurs ne sont pas des relecteurs
Dans cet article je vais tenter de vous exposer la différence entre la lecture d'un roman qu'effectue un lecteur et la relecture professionnelle effectuée par une relectrice-correctrice (moi ☺️).
La plupart des « simples lecteurs » (sans aucune condescendance de ma part ! 🙃) ne sauraient pas nommer une apposition mal reliée ou une concordance des temps approximative, et pourtant, ils ressentent quelque chose qui ne va pas – une gêne, une hésitation, une légère perte de concentration au moment précis où le texte accroche, qui pourrait se traduire par un froncement de sourcils.
C’est l’un des paradoxes de la lecture : on ne remarque pas toujours l’erreur, mais on en ressent l’effet.
Quand un texte est bien écrit et qu'il est bien corrigé, le lecteur n’y pense pas. Il avance, il suit, il est emporté par sa lecture. C’est cet état d’absorption, cette immersion, que tout auteur cherche à provoquer et que tout défaut technique risque de rompre.
Une phrase trop longue sans ponctuation pour la respirer, un changement de temps inattendu, une répétition qui revient trop tôt : autant de petites frictions qui sortent le lecteur de l’histoire, même sans qu’il comprenne pourquoi. Il relit la phrase. Il marque une pause. Et quelque chose, dans l’expérience de lecture, s’est légèrement fissuré. Ça vous est déjà arrivé, non ?
On peut entendre parfois que « les lecteurs ne font pas attention aux fautes ». Je ne pense pas que ce soit vrai. Aussi – surtout –, cela dépend de la faute et du nombre. Certains lecteurs sont particulièrement attentifs à l’orthographe et à la syntaxe, et, pour eux, une faute visible est une faute qui compte, qui, si elles s’accumulent, finit par peser sur leur appréciation globale du livre.
Cela peut laisser comme une impression générale que le texte est « brouillon », « peu soigné », ou « pas tout à fait fini ». Une impression diffuse mais réelle, et qui influence les avis laissés sur les plateformes de vente...
S’il est une chose que les lecteurs remarquent avec une acuité particulière, c’est bien l’incohérence dans l’histoire elle-même. Un personnage qui disparaît sans explication, un détail qui contredit ce qui a été établi plus tôt, une chronologie qui ne tient pas : ce type d’erreur sort immédiatement le lecteur de l’univers du roman, et la confiance accordée à l’auteur peut en prendre un coup.
C’est un des points sur lequel s’attarde la relectrice-correctrice. Après la correction orthographique, la seconde relecture du texte permet de se concentrer sur la cohérence globale du récit.
Ce que les lecteurs cherchent avant tout, c’est à croire à ce qu’ils lisent. Et cette croyance repose, en grande partie, sur la cohérence et la rigueur du texte.
Audrey Crétel
AC-Correction
