Deux-points, point-virgule, guillemets français : les signes de ponctuation les moins bien maîtrisés
Certains signes de ponctuation jouissent d’une réputation simple – le point, les parenthèses, tout le monde sait à peu près quand les utiliser. D’autres, en revanche, restent mystérieux, sous-employés ou mal employés, alors qu’ils jouent un rôle précis et précieux dans la construction d’un texte. C’est le cas du point-virgule, du deux-points et des guillemets français.
Le point-virgule : le grand incompris
Le point-virgule n’est pas le signe de ponctuation le plus aimé. Beaucoup d’auteurs l’évitent, ne sachant jamais vraiment s’il faut l’employer et préfèrent, par prudence, le remplacer par un point ou par une virgule. C’est dommage, car c’est un signe utile, qui marque une pause intermédiaire entre la virgule et le point.
Il s’utilise, par exemple, pour relier deux propositions indépendantes, mais liées par le sens sans qu’une conjonction de coordination soit nécessaire :
« Elle ferma la porte ; le silence retomba aussitôt. »
Il s’utilise également pour séparer les éléments d’une énumération complexe, en particulier lorsque ces éléments contiennent déjà des virgules :
« Il avait trois passions : la lecture, qui occupait ses soirées ; l’écriture, qui rythmait ses matins ; le silence, qui accompagnait les deux. »
Le point-virgule n’est jamais suivi d’une majuscule, contrairement au point, et il est toujours précédé d’une espace insécable en typographie française.
Le deux-points : annoncer, expliquer, énumérer
Le deux-points a une fonction claire : il introduit ce qui suit, en établissant un lien logique avec ce qui précède. Il peut annoncer une explication, une cause, une conséquence, une énumération ou une citation.
« Elle hésitait : partir maintenant ou attendre encore un peu. »
« Trois mots résumaient son état d’esprit : fatigue, doute, espoir. »
Une règle simple, mais souvent oubliée : on n’utilise généralement qu’un seul deux-points par phrase. Son utilisation répétée dans une phrase peut entraîner une confusion quant à la structure de celle-ci et rendre la lecture plus difficile.
Comme le point-virgule, il est précédé d’une espace insécable en français, contrairement à l’anglais où aucune espace ne le précède.
Les guillemets français : « » et non " "
En typographie française, les guillemets dits « français » : les chevrons « », sont la norme, par opposition aux guillemets anglais : " ", que l’on retrouve par défaut sur de nombreux claviers et logiciels de traitement de texte.
Les guillemets français s’utilisent pour encadrer une citation, un dialogue ou un mot que l’on souhaite mettre en relief. Ils sont précédés et suivis d’une espace insécable, une subtilité typographique fréquemment oubliée :
« Je ne reviendrai pas », dit-elle.
Lorsqu’une citation se trouve à l’intérieur d’une phrase déjà entre guillemets, on utilise alors les guillemets anglais pour la citation interne. C’est une règle de hiérarchisation typographique que peu de logiciels appliquent automatiquement et qu’il faut donc vérifier soi-même.
Pourquoi ces règles méritent-elles qu’on s’y attarde ?
Ces trois signes de ponctuation ont en commun d’être à la fois précis dans leur usage et invisibles dans leur bon emploi. Un texte qui les utilise correctement ne se remarque pas – c’est précisément le but. Mais un texte qui les utilise mal, ou pas du tout, finit par faire ressentir un rythme qui manque de respiration, une énumération confuse, une typographie qui détonne.
C’est tout l’enjeu de la correction : veiller à ce que chaque signe soit à sa place et bien utilisé, pour que le lecteur n’ait jamais à se poser la question.
