Les répétitions en écriture : faute de style ou choix littéraire ? — AC-Correction

Les répétitions : quand les éviter, quand les assumer

La répétition est souvent présentée comme une faute de style, un signe de pauvreté lexicale qu’il faudrait corriger à tout prix. En réalité, c’est bien plus nuancé que cela, et traiter toutes les répétitions de la même façon est l’une des erreurs les plus courantes.

 

Certaines répétitions sont involontaires et perturbent réellement la lecture. C’est le cas lorsqu’un même mot apparaît deux ou trois fois dans un court paragraphe, sans intention particulière, simplement parce qu’il est difficile de prendre le recul nécessaire, par exemple sur les mots utilisés au quotidien ou les mots ternes. Le lecteur le remarque, parfois sans pouvoir l’identifier précisément, et cela crée une légère friction, une sensation que quelque chose accroche.

Les répétitions les plus gênantes sont souvent celles des mots « passe-partout » : les verbes faire, avoir, être, mettre, les adjectifs grand, petit, beau, les adverbes très, vraiment, bien. Ces mots, précisément parce qu’ils sont neutres, n’apportent rien au texte et leur répétition, elle, se remarque.

De même, répéter le nom d’un personnage plusieurs fois dans un même passage, alors qu’un pronom suffirait, alourdit inutilement la phrase et rompt le rythme.

 

Mais la répétition peut aussi être un choix délibéré et puissant, un outil stylistique. En littérature, elle est utilisée pour créer un effet de martèlement, installer une tension, renforcer une émotion ou donner du souffle à un passage. Pensez aux anaphores : ces répétitions en début de phrase qui scandent un discours et lui donnent une force particulière. Pensez aussi aux leitmotivs, ces mots ou expressions qui reviennent tout au long d’un roman comme un fil conducteur, ancrant le lecteur dans l’univers de l’histoire.

 

Dans les dialogues, la répétition peut refléter la façon dont un personnage parle réellement : ses tics de langage, ses obsessions, ses maladresses. La supprimer, c’est lisser la voix du personnage et lui retirer une partie de ce qui le rend vivant.

 

Comment faire la différence ?

La question à se poser n’est pas « y a-t-il une répétition ? », mais « cette répétition est-elle voulue, et produit-elle l’effet recherché ? ».

Une répétition qui crée du rythme, qui appuie une idée ou qui caractérise une voix est une répétition qui travaille pour le texte. A contrario, une répétition involontaire, qui passe inaperçue lors de l’écriture, et que le lecteur ressent sans la nommer, est une répétition à corriger.

 

C’est précisément ce type de discernement que l’œil extérieur d’une correctrice professionnelle est entraîné à effectuer, sans appauvrir le texte, sans gommer ce qui en fait la singularité, mais en s’assurant que chaque choix stylistique est un choix délibéré, et non une maladresse.

 

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